À tort ou à raison ? L’histoire de Mariam

Article : À tort ou à raison ? L’histoire de Mariam
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12 mars 2025

À tort ou à raison ? L’histoire de Mariam

J’ai écrit ce texte pour interroger la complexité morale qui entoure la violence et la justice dans un contexte de souffrance domestique. L’histoire de Mariam n’est pas seulement celle d’un acte de désespoir ; c’est le reflet d’un système où le silence et l’impunité façonnent le quotidien de nombreuses femmes. À travers ce récit, j’ai voulu donner une voix à ces luttes invisibles, à la détresse cachée derrière les murs des foyers. La réaction collective face à l’acte de Mariam — entre condamnation et solidarité — met en lumière les contradictions profondes de nos sociétés face à la violence patriarcale. Ce texte cherche à troubler, à pousser le lecteur à se demander : où se situe la limite entre la survie et la vengeance ?

Une matinée ensoleillée, une scène de chaos secoue la ville. Les rues qui étaient habituellement calmes sont envahies par des cris, des regards choqués et des murmures frénétiques. Ce n’est ni un accident, ni une émeute. C’est le corps d’un homme. Mutilé puis exposé en plein centre de la place du marché. Son visage est méconnaissable. Son torse marqué de signes de violence. Un spectacle macabre qui fait trembler l’air.

Les habitants se pressent autour, leurs yeux chargés d’incompréhension, de dégoût, mais aussi de curiosité. – Qui est-ce ?? C’était la question que tout le monde se posait. C’était lui. C’était le père de la petite Aminata. L’époux de Mariam. Et au milieu de ce chaos, une question résonnait dans l’air : pourquoi ?Les femmes, en particulier ne cessaient de répéter le même nom : « Abou ».

L’homme était respecté dans la ville. Le commerçant reconnu était maintenant un corps sans vie. Il a été victime d’une mutilation terrible. Son épouse Mariam se tenait non loin. Dans son regard, l’on pouvait lire une phrase : C’est moi qui l’ai fait. Elle était là. Juste à côté de son époux. Les mains pleines de sang.

Et son visage était le reflet d’une douleur silencieuse. Dans ses yeux, on pouvait lire une détresse insondable : « Comment expliquer ce que j’ai fait ? » Mariam savait que cette scène allait tout changer. Ce geste, terrible et radical n’était pas celui d’une femme en pleine possession de ses moyens. C’était celui d’une mère dévastée, d’une femme brisée sous le poids des années de souffrance. Un acte d’une violence extrême, mais née de l’impuissance la plus totale. Disait-on.

C’est Aminata, la fille de Mariam, qui, en voyant sa mère debout près du corps de son père, eut le courage de tout révéler. Elle s’approcha, tremblante, le regard fuyant. « Maman… pourquoi ? » Sa voix était faible, mais elle portait une lourde accusation malgré elle-même. Elle savait ce qu’avait fait son père. Elle savait la vérité sur ce qui s’était passé dans l’intimité de leur maison. Elle avait, elle aussi, vécu l’enfer, été détruite, jour après jour. Ses yeux s’agrandirent alors qu’elle se rendait compte qu’elle n’avait plus à cacher son propre traumatisme. À cet instant, elle comprit que sa mère n’avait plus rien à perdre. Les policiers arrivèrent quelques minutes plus tard, appelés par les cris. Ils trouvèrent Mariam en état de choc, à côté du cadavre de son mari, les mains encore maculées de sang.

Aminata était là aussi, juste à côté. Elle était silencieuse et ses yeux remplis de terreur et de révolte à la fois. Les murmures commencèrent à se propager comme une traînée de poudre. La scène était indescriptible. Un homme brutalement tué. Une femme ensanglantée, une fille visiblement affectée, mais qui, au fond semblait comprendre ce qui venait de se passer. Les rumeurs se sont vite transformées en une certitude : – C’est Mariam qui avait tué son époux.

Les témoins, les voisins, ceux qui avaient vu Mariam sortir en hâte de la maison ce matin-là, tout le monde commença à assembler les pièces du puzzle. Les femmes du quartier, solidaires se mirent à dire qu’elles avaient entendu des bruits de violence la veille, des cris étouffés et des pleurs de la part de la fille. Très vite, les témoins s’accordèrent à dire que le meurtre avait été commis dans un moment de rage incontrôlée. Et c’est ce qu’ils pensaient. Mais la question restait : pourquoi une telle violence ? Pourquoi cet acte si radical ?

Pour certains, l’injustice sociale et la violence patriarcale étaient à la base de ce drame. Mais pour d’autres, ce n’était qu’une folie. Le procès de Mariam allait déchirer la ville. L’affaire avait déchiré la ville plus que jamais. Alors que les policiers l’emmenaient, Mariam s’arrêta un instant. Elle se tourna lentement vers sa fille. Leurs regards se croisèrent, et dans un murmure, à peine audible, elle lui dit :- Je l’ai fait pour toi, ma fille. Et si c’était à refaire, je te le ferais encore.Aminata, silencieuse, sentit un poids immense sur sa poitrine. Elle ne savait pas si elle devait pleurer ou le comprendre. Le procès était sur le point de commencer, et toute la ville se préparait à assister à ce moment décisif. D’un côté, les hommes criaient à l’injustice. Ils dénoncent un acte brutal et impardonnable.

Pour eux, rien ne justifiait la mutilation d’un être humain, quel que soit le crime commis. Ils tenaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des slogans tels que : « Il ne méritait pas cela. » « La violence n’est jamais la solution. »Mais de l’autre côté, les femmes tenaient fermement leurs propres pancartes, brandissant des mots qui transperçaient l’âme : « Elle a fait ce que nous n’osons rêver de faire. » « Quand le silence brise l’âme, la vengeance devient un acte de survie. » Elles étaient unies, solidaires, et elles comprenaient et se comprenaient. Elles avaient compris ce que beaucoup ignoraient : la souffrance de Mariam. La douleur muette d’une mère qui, après avoir gardé le secret pendant des années avait été poussée à bout.

Le procès commença. La salle était bondée, l’atmosphère lourde de tension. Les regards se croisaient, les murmures remplissaient l’air, mais personne ne savait vraiment ce qui allait se passer. Tous attendaient le témoignage de Mariam. Car son explication, son histoire, allaient déterminer la suite des événements. Les femmes se tenaient fermement derrière Mariam. Jamais la solidarité féminine n’avait atteint un tel sommet, même lors des grandes luttes pour les droits des femmes. Elles se tenaient là, solidaires et inébranlables, les pancartes levées. Elles criaient leur soutien avec une détermination sans faille. Elles savaient ce que beaucoup ignoraient, ce que la société préférait oublier : la douleur d’une mère, brisée mais prête à tout pour protéger sa fille. Dans les rues, le vent semblait murmurer leur colère et leur compassion, unies dans cette cause commune. Mariam, au centre de ce tourbillon de soutien ressentait une chaleur inattendue dans la froideur du tribunal qui s’annonçait.

Dans le box des accusés, Mariam était calme, bien qu’une lueur de terreur habitait ses yeux. Elle savait que ce moment allait tout changer. Mais avant qu’elle puisse prononcer un mot, les deux camps se firent entendre à nouveau. Monsieur Paulin, l’avocat de la défense, se leva. Il était un homme modéré, mais son visage trahissait une tension palpable. – Votre Honneur, commença-t-il d’une voix calme, nous ne pouvons pas justifier l’acte de Mariam, mais nous ne pouvons pas non plus ignorer les circonstances. Un homme qui brise l’innocence de sa propre fille, un père qui abuse de la chair de sa chair…

Il faut comprendre que l’acte de Mariam n’était pas celui d’une femme en pleine possession de ses moyens. C’était celui d’une mère désespérée, d’une femme écrasée par le poids de l’impuissance. Un acte né du trauma. Les hommes dans la salle, pourtant si nombreux restaient figés. Certains hochèrent la tête, mais d’autres étaient silencieux, choqués par la tournure des événements. À l’autre côté de la salle, Monsieur Tiemoko, l’avocat de l’accusation, prit la parole avec véhémence. – Votre Honneur, je comprends la douleur de la victime, mais il n’y a pas de place dans notre société pour justifier une mutilation, peu importe la souffrance. Ses mots firent écho dans la salle. Ce qui déclencha un chuchotement nerveux parmi les spectateurs. – Un homme a été tué. Oui, il a commis un crime odieux, mais qui sommes-nous pour décider de la vie et de la mort d’un autre ?Les femmes dans la salle qui écoutaient attentivement, ne semblaient pas convaincues.

Elles étaient de plus en plus nombreuses à se lever. Elles brandissaient des pancartes et criaient leur soutien à Mariam. Les hommes, eux, réagissaient avec méfiance. Certains s’étaient levés pour soutenir le défunt. Mariam se leva finalement. L’atmosphère se figea. Les juges se penchèrent en avant, les spectateurs retinrent leur souffle. Elle parla enfin, et sa voix, d’abord hésitante, devint progressivement plus assurée. C’était une confession lourde de sens.- Je l’ai fait pour ma fille, dit-elle calmement, ses yeux noyés de larmes, mais pleins de résolution. – Il l’a détruite, jour après jour, pendant des années. Il l’a violé. Il a tué son innocence avant même qu’elle ne puisse comprendre ce qui se passait. Il a brisé notre famille. Et moi… moi j’étais impuissante… Mais je ne pouvais pas permettre qu’il continue. Je l’ai fait parce qu’il ne méritait pas de vivre après ce qu’il lui a fait. Un silence de mort s’installa dans la salle. Personne ne savait comment réagir. L’acte de Mariam, la violence qui avait éclaté dans un monde d’ombres et de secrets faisait basculer la ville dans une guerre de principes. Le tribunal, déchiré entre la justice et la compassion allait devoir trancher. #LaBellePlume

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